Ma Peinture et moi

  Ce ne sont d'abord que quelques coups de pinceaux et des traces de couleurs qui recouvrent peu à peu la surface de la toile. Puis les touches se succèdent et je me sens engagé dans une véritable transformation où les mouvements de mon corps sont littéralement projetés sur la toile. Je regarde le tableau que j'ai peint hier. Sans que je sache pourquoi, il me semble meilleur aujourd'hui. Peut-être que les couleurs et les formes ressortent mieux dans la lumière atténuée de cette journée grise. Peut-être y suis-je simplement plus réceptif après une nuit de sommeil. Mon regard se porte maintenant vers cet autre tableau, peint l'année dernière. Alors que je venais juste de l'achever, la couleur du coin gauche me gênait, alors qu'elle semble très naturelle aujourd'hui.

  La transformation incessante de la matière dans laquelle m'implique l'acte de peindre m'échappe partiellement. Une fois l'œuvre terminée, j'en deviens simple spectateur et suis souvent touché, transformé moi-même de la contempler. Quand je peins, c'est comme si mon corps se transportait dans le tableau. Comme spectateur je cherche ensuite à y retrouver ma propre vérité, quelque chose qui me purifie en retour. C'est le vacillement intérieur de mon esprit et de mon corps que je tente de transporter sur la toile comme je mènerais un animal difficile à conduire. C'est le mouvement projeté dans la masse inerte du tableau achevé qui se transmet, en bien ou en mal, à celui qui le contemple. Si je devais définir la relation entre ma peinture et moi, je dirais que c'est l'entrecroisement, ou la fusion de l'objet et du sujet, sans qu'il soit possible de vraiment les démêler. C'est comme si la substance de mon être finissait par s'annihiler et respirait dans la peinture.

Yoshio OGAWA

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