Exposition personnelle Yoshio Ogawa

Paysages du fond de ma mémoire
Du 24 janvier au 2 mars 2007
Maison d'Eglise Notre-Dame de Pentecôte
1, place de La Défense

 

"Peinture comme prière" : un texte écrit par l'artiste

 
 
 
     
     
     
     
   
 
 
     
     
     
     
   
 
 
     
     
     
     
   
 
 
     
     
     
   
 
 
     
     
     
   
 
 
     
     
     
   
 
 
     
     
     
   
 
 
     
   
 

Peinture comme prière

   Je me mets en face d’une toile toute blanche, je la regarde, je prends le pinceau et je mets de la peinture sur la toile. Puis j’ajoute des touches, inspiré par les couleurs et les formes qui apparaissent. J’achève un tableau petit à petit, en dialogue permanent avec la toile et reflétant des émotions parfois violentes, parfois tranquilles.
   J’expose des tableaux à l’huile et quelques dessins dans cette exposition. Je voudrais tracer le processus de chaque travail.
   J’ai peint “Parfum d’eau” en me rappelant un paysage champêtre de mon pays.  Juin, la saison des pluies, est aussi la saison de repiquage du riz.  Dès que l’eau est conduite des rivières en même temps dans toutes les rizières, les voix de grenouilles commencent à résonner, et on se sent dans sa maison comme si l’on était entouré par des étangs. Des plants de riz tout frais sont repiquées dans les rizières encadrées de bordures, couvrant le paysage de verdure. “L’humidité” à cause d’une forte pluie, “le son” dominé par les voix de grenouilles, “la couleur” du riz fraîchement vert et “l’odeur” subtile des plantes qui flotte au-dessus de l’eau abondante...  J’ai essayé d’exprimer sur la toile “la mémoire” de ce qui avait été vécu par mes cinq sens. En pensant à “la mémoire du passé”, je concentrais ma conscience sur l’image vague d’un “paysage du futur” : le tableau qui allait s’achever. Dans le processus où l’image s’éveillait, le passé et le futur se croisaient et j’ai senti comme si l’axe horaire s’était annihilé.
   “Intuition” et “Franchissement”, ces deux oeuvres ont, comme un point commun, mon intention d’exprimer une forte image visuelle que les spectateurs pourraient sentir.  J’ai donc utilisé principalement le rouge et l’orange, les couleurs relativement vives.  J’ai ajouté la dernière touche comme quelqu’un qui voulait déchirer l’espace.
   Pendant que je peignais “Fenêtre ouverte”, je me sentais libéré dans l’air. Je n’ai pas mélangé le noir dans le bleu clair pour que je puisse exprimer un espace limpide.  Ce n’est pas pour déchirer le fond bleu que j’ai ajouté la touche verticale en violet permanent. Au contraire, j’ai essayé de l’harmoniser avec le bleu.
   Dans “Tentation”, en réponse au mouvement grouillant en jaune, j’ai peint une forme qui évoquerait les lignes d’un corps, inspiré par le charme éternellement frais des torses de la Grèce Antique.
   A propos des dessins, je voulais que les trois éléments – la forme en peinture à l’huile, les lignes de bâtonnet à l’huile et l’espace blanc – se stimulent réciproquement pour donner un rythme à l’oeuvre achevée. J’ai marqué les dates de création en bas à droite comme si je tenais un journal d’images vagues qui jaillissent de mon intérieur.

   J’attache l’importance au processus de travail jusqu’à l’achèvement de l’oeuvre. Dans l’atelier, je me concentre sur l’acte de peindre tout en laissant évoluer les images évoquées ci-dessus. Quand je parviens à m’y concentrer, le pinceau bouge si naturellement que j’ai parfois l’impression que quelqu’un me fait peindre; je me comprends alors en tant qu’un objet. Autrement dit, c’est “Moi qui me confie à ce quelqu’un.”

   J’aimerais être un simple outil-vivant pour peindre.

                                                Yoshio Ogawa

 

 
 
     
     
     
     
 
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